Le comte Vincenti da Piubbeta : Boigraphie de Piobb selon Cadet de Gassicourt - Piubbeta

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Le comte Vincenti da Piubbeta : Boigraphie de Piobb selon Cadet de Gassicourt

Histoire et patrimoine


Pierre Piobb - et depuis 1917, P.  V. Piobb - était la signature usuelle du comte Pierre Vincenti  Piobb, né à Paris, le 12 avril 1874, et décédé à Paris, le 12 mai 1942.
Il descendait d'une vieille famille florentine fixée en Corse vers la fin du XIVème siècle, à la suite des sanglantes et mémorables querelles entre les Guelfes et les Gibelins. Établis à Piobbeta, canton de Valle d'Alesani, arrondissement de Corte, les Vincenti ajoutèrent à leur nom celui de leur village et devinrent ainsi les Vincenti da Piobbeta ou dei Piobbi, ou, par abréviation, Vincenti Piobb.
Leur titre de comte, conquis lors des guerres civiles corses, selon l'historien Giovanni Della Grossa, est toscan et se trouva compris dans la liquidation romaine de la succession de la Grande Comtesse Mathilde, duchesse de Bavière.
On trouve d'ailleurs en Bavière d'autres comtes Vincenti, qui, quoique portant des armoiries différentes, sont vraisemblablement de la même souche.

Son père, le comte Vincent Vincenti (il était l'arrière cousin du général Cervoni, qui, sous le premier Empire, arrêta le pape Pie VII), né en Corse en 1822, décédé à Paris en 1892, avait fait ses études médicales en Italie, puis à Paris. Fixé à Rome en 1848, il ne tarda pas à y acquérir une grande réputation de chirurgien, qui le mit en relations intimes avec divers souverains, entre autres l'Empereur d'Autriche François Joseph et l'ancien roi des Deux Siciles, François II.
Il épouse, en 1873, à Paris Mlle Amélie Allard, fille d'un président de chambre au Tribunal de la Seine. Elle même descendait d'une vieille famille parisienne qui donna au Parlement de nombreux conseillers depuis Charles IX, et était la nièce du fameux banquier Jacques Laffitte, le ministre de Louis Philippe. Elle mourut en mettant son fils au monde.
Le jeune Vincenti fit toutes ses études au Collège Stanislas d'abord, à la Sorbonne et à la faculté de Droit ensuite. Il avait à peine dix huit ans lorsqu'il perdit brusquement son père : c'est donc seul, sans aucun appui moral ou matériel, qu'il devint successivement licencié ès lettres, licencié ès sciences, licencié en droit puis, considérant qu'il avait encore beaucoup à apprendre, il se conforma au vieil adage : "Les voyages forment la jeunesse", et se mit à parcourir l'Europe. C'est ainsi qu'il visita successivement la Corse, l'Italie, l'Angleterre, l'Écosse, l'Islande et poussa jusqu'à l'Océan glacial. De la sorte, il compléta son éducation déjà solide.
Il débuta fort jeune dans le journalisme. Dès 1893, lors d'un séjour à Ajaccio, il fonda un Écho de la Corse, qui vécut deux ans. De cette époque, date son premier pseudonyme. Comme ses camarades l'appelaient le plus habituellement Piobbeta, il ne retint du nom du village d'origine que la première syllabe et signa ses articles : Pierre Piobb. "Le plus drôle," disait-il quand il évoquait ce souvenir, "c'est que Piobb, en langue gaélique, signifie pipe, ou tuyau".
Sans doute, n’est-il pas inutile de parler succinctement de la collaboration de Piobb à la grande presse. De 1895 à 1899, il donne des articles au Monde Illustré et à La Paix ; il entre en 1900 aux Lectures Modernes, où il reste comme rédacteur principal jusqu'en 1905 ; la même année, il publie au Tour du Monde, entre autres choses, la relation détaillée de son voyage en Islande, avec une abondante illustration ; il devient chroniqueur scientifique à Nos Loisirs (1906-l908), à la Revue des Revues (1908-1914), à La Liberté (1909 1912) ; enfin, il rédige la chronique industrielle de l'Information de 1910 à 1914. A partir de 1918, il cesse d'écrire des articles scientifiques ; par contre, de 1929 à 1933, il assure la rubrique politique à l'Écho d'Alger. C'est dans cette période qui s'étend de la guerre à sa mort, qu'il adopte son nouveau pseudonyme : P. V. Piobb, où figure l'initiale de son nom patronymique.
Mais la véritable œuvre de Piobb, ce sont les ouvrages qu'il a publiés sur l'occultisme.
Piobb voulut profiter de son savoir dans les langues mortes et de sa très grande compréhension scientifique pour élucider les textes volontairement obscurs que les hermétistes nous ont légués.
L'idée directrice, qui est à la base des travaux entrepris par Pierre Piobb, est la suivante : il est impossible que les anciens, dont les civilisations se montraient extraordinairement brillantes, aient raisonné en matière scientifique, d'une manière aussi illogique et aussi ridicule que le prétendaient les auteurs modernes. Donc il y a lieu de réviser tout ce que les modernes ont dit des anciens et de redresser toutes les erreurs commises dans l'interprétation des vieux auteurs. Pour arriver à ce résultat, il fallait être autant un "littéraire" qu'un "scientifique", dualité qui existait au plus haut point chez Piobb
Ces surprenantes dispositions pour les sciences et la philosophie qu'il montra dès sa jeunesse et que ses illustres professeurs surent cultiver et développer, Piobb les expliquait par l'hérédité : hérédité paternelle d'abord, hérédité plus lointaine ensuite. Il aimait à rappeler qu'un de ses ancêtres, Antoine Joseph Vincenti, prieur du couvent d'Alesani en 1720, au lieu même où, seize ans plus tard, l'aventurier Théodore de Neuhof se proclamera roi de Corse, avait laissé un traité de philosophie et des notes de psychologie.
Dès l903, Piobb avait pu résumer à lui seul, et pour son compte personnel tout ce que la Bibliothèque Nationale, la Bibliothèque de l'Arsenal et même le British Muséum renfermaient en manuscrits et en imprimés de tout genre concernant les sciences ésotériques.
Ayant ainsi en mains une documentation de tout premier ordre et servi, en outre, par une mémoire sans défaillance, Piobb publia en 1907 son premier ouvrage sur ces sujets mal connus. Ce fut le Formulaire de Haute Magie, compendium très précieux de toutes les pratiques employées dans l'antiquité et au Moyen-âge, dont il donna, en 1937, une nouvelle édition revue et considérablement augmentée. En l908 paraissait une étude mythologique, intitulée Vénus, qui fut traduite à l'étranger et qui eut un grand retentissement.

C’est encore en l907 et en l908 que parurent les deux volumes de l'Année occultiste. Vers le même temps, Piobb mit au point certaines lois retrouvées par lui dans de vieux manuscrits et concernant les facultés psychiques d'après les déterminations astrologiques. Ayant eu la chance de découvrir un sujet remarquable qui s'ignorait, le journaliste Henri Christian, il accomplit avec lui diverses expériences retentissantes. Celles ci démontraient, d'une manière péremptoire, la possibilité de l'extériorisation des facultés sensorielles. Dans le monde occultiste, on les dénomma, d'ailleurs improprement : "Sorties en astral". Le monde savant en fut ému : les professeurs d'Arsonval et Georges Dumas s'y intéressèrent particulièrement. Ces expériences sont relatées tout au long dans l'Année occultiste l907
Toujours en l907, Piobb fit la connaissance de Charles Barlet dont il ne tarda pas à devenir l'ami : Barlet avait réuni autour de lui un petit groupe de chercheurs en astrologie, qui constitua le noyau d'où, quatre ans plus tard, sortit la Société des Sciences anciennes. Piobb en fut le fondateur et le président. Aux environs de 1911, on ne pouvait guère parler d'astrologie sans être aussitôt traité de visionnaire. C'est donc à lui, et à lui seul, que la Société des Sciences anciennes dut de pouvoir prendre rang parmi les sociétés savantes reconnues par le Ministère de l'Instruction publique. L’activité de la Société se manifesta par des cours professés sur les divers sujets étudiés par ses membres.
La guerre de 1914 vint arrêter ce bel élan. Celui ci ne put être repris par la suite à cause du bouleversement que les circonstances avaient apporté dans la situation de ceux qui restaient : car les rangs de ces hardis novateurs s'étaient considérablement éclaircis, tant du fait de la guerre qu'en raison de l'âge et de la maladie.
Pendant dix ans, on n'entendit plus guère parler de Piobb comme occultiste. Par contre, il était très répandu dans le journalisme et dans les milieux parlementaires et politiques, comme représentant à Paris du maréchal Lyautey, puis des résidents généraux qui lui succédèrent. Il fit même, à maintes reprises, des séjours au Maroc.
En 1924, le regretté Charles Blech, qui lui portait beaucoup d'amitié, bien qu'il le sût assez éloigné des idées théosophiques, offrit à Piobb la salle de sa Société, avenue Rapp, pour faire part au public de ses recherches sur le texte des prophéties de Nostradamus. En 1927, une série de conférences données au même endroit, attira une foule énorme. Dès la première, ce fut un succès sans précédent. Malgré l'entassement de l'auditoire, personne ne bougea au cours des trois heures qu'elle dura. Nul ne se lassa d'écouter l'orateur qui parlait d'abondance et avec entrain, exposer, sans aucune fatigue apparente, un sujet qu'il possédait à fond. Le livre qui fut publié ensuite sur le Secret de Nostradamus eut un très grand retentissement dans la France entière.
Cependant, ainsi qu'il l'a déclaré et expliqué depuis dans le Sort de l'Europe, publié en 1939, il n'avait pu, alors, percer le mystère de ce texte que l'on attribue à Nostradamus et où l'on croit généralement trouver des prophéties. Ce nouvel ouvrage expose, commente et critique la non moins célèbre prophétie de saint Malachie sur les papes. D'après Piobb, "ce dernier texte, qui correspond à celui dont l'auteur passe pour être Nostradamus, constitue uniquement un fil chronologique de directives destinées à faire comprendre les temps nouveaux que nous voyons luire depuis 1940".
L’étude approfondie des deux textes a permis à Piobb d'affirmer qu'ils sont beaucoup plus anciens qu'on ne le suppose. Mais il n'a pas voulu indiquer les raisons qui en ont motivé l'établissement dans des temps reculés, pas plus qu'il n'a laissé soupçonner quels pouvaient en être les auteurs réels.
Hélas, la mort a empêché Piobb de dire son dernier mot : il a emporté son secret dans la tombe.


 
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